Une société de production audiovisuelle tient sa comptabilité selon le plan comptable général, comme n'importe quelle entreprise française : sept classes de comptes, un exercice, des états de synthèse. Aucun plan comptable sectoriel ne vient s'y substituer. Ce qui change tient en quelques endroits précis, mais ces endroits décident de l'allure du bilan : une œuvre audiovisuelle n'est pas une charge ordinaire, une subvention n'a pas toujours la même nature, une avance remboursable n'est pas un produit, et le crédit d'impôt n'est ni l'un ni l'autre.
Le second écart est plus profond, et c'est celui qui fait souffrir les jeunes structures. Le plan comptable classe les dépenses par nature — salaires, locations, honoraires — sur un exercice. La production, elle, a besoin de les lire par œuvre et par poste de devis, parce que c'est ainsi qu'elle a chiffré le film, que le CNC lui demandera son coût définitif et qu'un coproducteur comparera. Ce sont deux axes sur les mêmes écritures, et presque tout le travail administratif d'une société de production consiste à les faire coïncider. Cette page détaille les comptes à ouvrir, puis montre où la correspondance entre les deux axes se construit — ou se perd.
- Les sept classes du PCG, et les quatre endroits où une production sort du cadre général
- L'œuvre en cours de fabrication : immobilisation incorporelle ou en-cours de production, selon ce qu'on vend
- Les subventions d'exploitation, les subventions d'investissement et les avances remboursables, trois comptes et trois logiques
- Le crédit d'impôt, créance sur l'État et non produit d'exploitation
- Les comptes de charges propres au secteur : droits d'auteur, personnel intermittent, congés spectacles, défraiements
- Le deuxième axe, analytique, par œuvre et par poste du devis CNC
- La table de correspondance entre les deux, qui est le vrai point de rupture

Le plan comptable général s'applique, et il suffit presque
Première chose à poser, parce qu'elle rassure et fait gagner du temps : il n'existe pas de plan comptable obligatoire propre à la production audiovisuelle qui remplacerait le plan comptable général. Une société de production ouvre les mêmes classes qu'une PME de services, avec la même logique — les capitaux en classe 1, les immobilisations en 2, les en-cours en 3, les tiers en 4, la trésorerie en 5, les charges en 6, les produits en 7. La spécificité se loge dans les sous-comptes et dans quelques arbitrages de qualification, pas dans une nomenclature parallèle. Autrement dit : on ne réinvente pas un plan comptable, on en paramètre un correctement une fois, au moment de la création de la société, et on évite ainsi de recoder deux exercices à la main plus tard.
| Classe | Ce qu'elle contient | Ce qui change pour une production |
|---|---|---|
| 1 — Capitaux | Capital, réserves, résultat, emprunts | Les subventions d'investissement et les avances remboursables y vivent |
| 2 — Immobilisations | Biens durables, incorporels et corporels | L'œuvre produite et détenue en catalogue y est immobilisée |
| 3 — Stocks et en-cours | Matières, en-cours de production, produits finis | Voie alternative pour les films de commande, destinés à être vendus |
| 4 — Tiers | Fournisseurs, clients, personnel, organismes sociaux, État | Le compte État porte la créance de crédit d'impôt |
| 5 — Financier | Banques, caisse, placements | Rien de spécifique, sinon la tension de trésorerie du tournage |
| 6 — Charges | Achats, services extérieurs, personnel, impôts | Droits d'auteur, intermittents, congés spectacles, défraiements |
| 7 — Produits | Ventes, subventions d'exploitation, produits financiers | Apports de diffuseurs, préventes, aides selon leur nature |
L'arbitrage structurant : immobiliser l'œuvre, ou la porter en en-cours
C'est la décision qui donne sa forme au bilan, et elle se prend avant la première écriture. Une société qui produit une œuvre dont elle conserve les droits fabrique un actif incorporel : les dépenses de fabrication s'accumulent pendant la production dans un compte d'immobilisation incorporelle en cours, puis basculent à la livraison dans un compte d'immobilisation incorporelle, amorti ensuite sur la durée d'exploitation attendue. Une société qui exécute un film de commande — publicité, film institutionnel, prestation pour un diffuseur qui en détient les droits — ne fabrique pas d'actif : elle produit un travail destiné à être vendu, qui relève des en-cours de production en classe 3, soldés à la facturation. Beaucoup de structures font les deux, et doivent donc tenir les deux traitements en parallèle, œuvre par œuvre.
| Critère | Œuvre de catalogue | Film de commande |
|---|---|---|
| Qui détient les droits après livraison | La société de production | Le commanditaire ou le diffuseur |
| Classe de comptes pendant la fabrication | Immobilisations en cours (classe 2) | En-cours de production (classe 3) |
| Sortie du compte | Transfert en immobilisation incorporelle à l'achèvement | Soldé au moment de la facturation |
| Étalement de la charge | Amortissement sur l'exploitation attendue | Aucun : charge et produit tombent sur le même exercice |
| Effet sur le résultat de l'année de tournage | Neutre : les dépenses sont activées, pas consommées | Dépend de l'avancement et de la date de facturation |
| Ce qui le rend fragile | Une exploitation qui ne vient pas : dépréciation à constater | Un chantier à cheval sur deux exercices mal évalué |
Trois aides, trois comptes : subvention d'exploitation, subvention d'investissement, avance remboursable
C'est l'erreur la plus fréquente des plans comptables mal paramétrés, et elle fausse directement le résultat. Une aide versée pour couvrir des charges d'exploitation est un produit de l'exercice, en classe 7. Une aide destinée à financer un actif durable est une subvention d'investissement, en classe 1, reprise progressivement au résultat au rythme de l'amortissement du bien. Et une avance remboursable — le mécanisme le plus courant du financement public français du cinéma — n'est ni l'une ni l'autre : c'est une dette assortie de conditions particulières, en classe 1 également, qui ne passe au résultat que si et quand la condition de remboursement tombe. Porter une avance remboursable en produit d'exploitation gonfle le résultat d'une année où la société n'a rien gagné, et laisse une dette invisible au passif.
| Nature du concours | Classe de comptes | Impact sur le résultat |
|---|---|---|
| Aide au fonctionnement de la structure | Produits — subventions d'exploitation | Immédiat, sur l'exercice de rattachement |
| Aide finançant un équipement ou un actif | Capitaux — subventions d'investissement | Étalé, au rythme de l'amortissement |
| Avance remboursable sur recettes | Capitaux — dettes assorties de conditions particulières | Aucun tant qu'elle reste due |
| Apport d'un diffuseur en préachat | Produits — chiffre d'affaires ou produits constatés d'avance | Selon la livraison et les droits cédés |
| Apport en coproduction | Selon le contrat : compte de tiers ou capitaux | À qualifier contrat en main, jamais par défaut |
Le crédit d'impôt n'est pas une subvention, et ce n'est pas qu'une question de vocabulaire
Le crédit d'impôt cinéma et audiovisuel se calcule sur des dépenses éligibles engagées en France, mais il ne fonctionne pas comme une aide reçue. C'est une créance fiscale : elle s'impute sur l'impôt sur les sociétés dû, et la part qui excède cet impôt est restituée. Comptablement, cela se traduit par une créance sur l'État en classe 4, dont la contrepartie se loge du côté de l'impôt sur les bénéfices et non dans le chiffre d'affaires ni dans les subventions d'exploitation. La conséquence pratique est double. D'abord, un crédit d'impôt n'améliore pas le résultat d'exploitation, et un banquier qui lit vos comptes le sait. Ensuite, sa place naturelle dans un dossier de financement est le plan de financement, pas le devis de dépenses — le confondre avec une ressource d'exploitation est le plus sûr moyen de présenter un budget qui ne totalise pas.
Les comptes de charges où le secteur se reconnaît
C'est dans la classe 6 qu'un plan comptable de production se distingue visiblement de celui d'une agence ou d'un bureau d'études. Quatre familles méritent leurs propres sous-comptes, parce qu'elles reviennent sur chaque film et qu'on vous les redemandera ligne par ligne. Les droits d'auteur et de reproduction versés aux auteurs ont leur compte de redevances dédié, distinct des honoraires. Les rémunérations d'intermittents, techniciens et artistes, appellent des sous-comptes séparés : les régimes de cotisation ne sont pas les mêmes, et le devis les sépare déjà. Les congés payés du spectacle ne se provisionnent pas comme ailleurs — ils sont servis par une caisse dédiée, à laquelle la société cotise, ce qui en fait une charge sociale et non une provision. Et les défraiements de tournage, tous niveaux confondus, doivent être isolés des frais de déplacement courants de la structure, sans quoi ni le coût définitif ni le dossier de crédit d'impôt ne pourront les extraire.
| Poste | Pourquoi un compte dédié | Qui vous le redemandera |
|---|---|---|
| Droits d'auteur et de reproduction | Nature juridique et taux de TVA distincts des honoraires | Le CNC, le dossier de crédit d'impôt, l'expert-comptable |
| Rémunérations des techniciens intermittents | Cotisations et conventions propres, et série 2 du devis | La reddition de comptes, le contrôle URSSAF |
| Rémunérations des artistes-interprètes | Régime distinct des techniciens, série 3 du devis | Les sociétés de gestion collective, le CNC |
| Cotisations congés spectacles et prévoyance | Caisse dédiée : charge sociale, non provision de congés payés | L'expert-comptable, l'organisme de recouvrement |
| Personnel extérieur et prestataires techniques | Distinguer la facture de prestation du contrat de travail | Le contrôle, en cas de requalification |
| Défraiements et transports de tournage | À isoler des déplacements courants de la société | Le coût définitif, le crédit d'impôt, les financeurs |
| Locations de matériel, décors et véhicules | Postes majeurs du devis, et TVA hétérogène selon la nature | Le suivi de coût, la déclaration de TVA |
Le second axe : une analytique par œuvre, et par poste de devis
Le plan comptable répond à une question — que dépense cette société cette année, et par nature ? La production en pose une autre — que coûte ce film, et par poste ? Aucune des deux ne se déduit de l'autre sans un axe supplémentaire. C'est pour ça que toute société de production, même une structure à un seul film, a besoin d'une analytique à deux dimensions : un code par œuvre, et un code par poste du devis. Le devis CNC fournit la seconde grille toute faite, en séries : droits artistiques, personnel, interprétation, charges sociales, décors et costumes, transports et régie, moyens techniques, pellicule et post-production, assurances et frais divers, auxquelles s'ajoutent les frais généraux et les imprévus. Cette grille n'est pas une préférence de présentation : c'est celle qu'attend le CNC au coût définitif, celle qu'un coproducteur sait lire, et celle sur laquelle le crédit d'impôt se vérifie.
La table de correspondance est l'endroit qui casse
Sur le papier, faire coexister les deux axes est trivial : chaque écriture porte un compte général, un code film et un code poste. Dans la réalité d'une structure de trois personnes pendant un tournage, c'est la troisième information qui saute. Une facture de loueur arrive, elle est imputée en location de matériel sur le bon film, et personne ne tranche si elle relève de la machinerie ou de la lumière. Un défraiement global est saisi sans être réparti entre les équipes. Un prestataire facture en une ligne une prestation qui couvre trois postes du devis. Chacun de ces raccourcis est invisible pendant deux mois, puis coûte une semaine au moment de reconstituer le coût définitif — et le coût reconstitué ne ressemble plus au devis approuvé, ce qui est exactement ce qu'un financeur remarque. La leçon tenue par les équipes aguerries est simple : l'imputation se décide au moment de l'engagement, pas à l'arrivée de la facture, parce qu'au moment de l'engagement quelqu'un sait encore pourquoi on achète.

Faire sortir les deux axes des mêmes lignes plutôt que les rapprocher après coup
La plupart des structures vivent avec trois outils qui ne se parlent pas : un devis dans un tableur, une comptabilité générale chez l'expert-comptable, et un suivi de coût bricolé entre les deux. Tant que le film ne bouge pas, ça tient. Dans Soldum, le devis est déjà construit aux catégories CNC, poste par poste, à partir du dépouillement du scénario ; les engagements — devis de loueur accepté, contrat signé, commande passée — se rattachent au poste qu'ils consomment, et les factures au même endroit. Le suivi de coût affiche donc, pour chaque poste et pour l'œuvre entière, l'estimé, l'engagé et le réalisé, sans table de correspondance à maintenir : la codification existe avant la dépense, pas après. Ce qui part ensuite à l'expert-comptable est un export cohérent avec ce que le CNC verra, parce que c'est la même base. Transparence : Soldum édite l'une des solutions décrites sur cette page.
Ce qu'un outil de production ne remplacera pas
Autant être net sur la limite. Un logiciel de production ne tient pas votre comptabilité générale : il ne passe pas d'écritures, n'édite pas de liasse fiscale et ne remplace pas votre expert-comptable, qui reste seul à décider si une œuvre s'immobilise ou se porte en en-cours, comment elle s'amortit, et comment se qualifie un apport en coproduction. Il ne choisit pas non plus votre plan de comptes : c'est un paramétrage à faire une fois, avec quelqu'un qui connaît le secteur, et qui se répare mal deux exercices plus tard. Ce qu'un outil apporte est plus étroit et plus utile : il garantit que la dimension analytique — quel film, quel poste — existe au moment où la dépense est engagée, et donc que le coût définitif, le dossier de crédit d'impôt et la reddition de comptes sortent des mêmes chiffres que le devis.
Quel est votre besoin en pré-production ?
Questions fréquentes
Existe-t-il un plan comptable spécifique à la production audiovisuelle ?
+
Non. Une société de production applique le plan comptable général comme toute entreprise française. La spécificité du secteur tient aux sous-comptes à ouvrir — droits d'auteur, intermittents, congés spectacles, défraiements — et surtout à l'axe analytique par œuvre et par poste de devis, que le plan comptable général ne fournit pas.
Faut-il immobiliser un film ou le passer en charges ?
+
Cela dépend de ce que la société vend. Une œuvre dont elle conserve les droits et qu'elle exploitera est un actif incorporel : les dépenses s'accumulent en immobilisation en cours puis s'amortissent sur l'exploitation attendue. Un film de commande dont le client détient les droits relève des en-cours de production, soldés à la facturation. Le choix appartient à votre expert-comptable, au vu des contrats.
Où comptabiliser une avance remboursable sur recettes ?
+
En dette, parmi les emprunts assortis de conditions particulières, et non en subvention. Tant que la condition de remboursement n'est pas levée, l'avance ne passe pas au résultat. L'inscrire en produit d'exploitation gonfle le résultat d'un exercice sans recette réelle et dissimule un passif.
Le crédit d'impôt cinéma se comptabilise-t-il en subvention ?
+
Non. C'est une créance fiscale qui s'impute sur l'impôt sur les sociétés dû et se fait restituer pour la part excédentaire. Elle se constate en créance sur l'État, avec une contrepartie du côté de l'impôt sur les bénéfices, et non en chiffre d'affaires ni en subvention d'exploitation. Sa place dans un dossier est le plan de financement, pas le devis de dépenses.
Comment relier le plan comptable au devis aux catégories CNC ?
+
Par un second axe analytique, porté par chaque écriture : un code œuvre et un code poste du devis, en plus du compte général. C'est ce croisement qui permet de sortir le coût définitif attendu par le CNC sans reconstituer le budget à la main en fin de production.
Une société de production doit-elle tenir une comptabilité analytique ?
+
Aucune obligation générale ne l'impose à une PME, mais en pratique elle est indispensable : le coût définitif d'une œuvre aidée, la reddition de comptes aux coproducteurs et la justification des dépenses éligibles au crédit d'impôt supposent tous une lecture par film et par poste, que la seule comptabilité générale ne permet pas.
Quand paramétrer son plan de comptes ?
+
À la création de la société, et au plus tard avant le premier tournage. Ouvrir les sous-comptes et l'axe analytique coûte une demi-journée avec un expert-comptable du secteur ; les recréer après deux exercices suppose de reprendre des centaines d'écritures sans toujours savoir, pour chacune, à quel poste elle se rattachait.
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Page informative et non contractuelle. Les règles de comptabilisation relèvent du plan comptable général et des règlements de l'Autorité des normes comptables, et évoluent ; les traitements présentés ici le sont à titre général et ne tiennent pas compte de votre situation — statut de la société, nature des contrats, coproductions et structures étrangères appellent un examen particulier. Le choix d'immobiliser ou non une œuvre, ses modalités d'amortissement et la qualification d'un apport relèvent de votre expert-comptable, seul à même de les arrêter au vu de vos pièces. Soldum édite l'une des solutions décrites.
