Une société de production audiovisuelle n'a rien d'une entreprise fiscalement exotique : elle relève de l'impôt sur les sociétés, collecte et déduit de la TVA, et dépose les mêmes déclarations que n'importe quelle PME. Ce qui change, c'est le rythme et la nature de ses dépenses. Un tournage concentre en quelques semaines des centaines de factures d'hébergement, de transport, de location de matériel, de prestations techniques et de rémunérations d'auteurs et d'artistes — autant de lignes dont le traitement fiscal diffère, et qui passent toutes par le même devis.
C'est de là que viennent les écarts constatés en fin d'exercice. Un budget construit en TTC là où la TVA est récupérable surévalue le coût réel ; un budget construit en HT sur des postes dont la TVA ne se récupère jamais le sous-évalue, et la différence tombe sur la trésorerie de la production. Cette page reprend les régimes qui s'appliquent réellement à une production audiovisuelle — TVA, impôt sur les sociétés, retenues et obligations déclaratives —, puis montre où ces règles doivent vivre pour ne pas être découvertes trop tard. Le crédit d'impôt, lui, a sa propre page : il est traité à part parce qu'il obéit à une logique de créance, pas de charge.
- Une TVA collectée sur les livraisons et déduite sur les achats, avec des exclusions qui frappent précisément les postes de tournage
- Un taux réduit de 10 % sur les cessions de droits d'auteur et d'artistes-interprètes
- Une retenue de TVA opérée par le producteur pour le compte des auteurs, sauf renonciation de leur part
- L'autoliquidation dès qu'un prestataire établi hors de France intervient sur le film
- Un impôt sur les sociétés assis sur le résultat, avec un taux réduit pour les PME éligibles
- Un calendrier déclaratif qui ne s'adapte pas au calendrier du tournage
- Des pièces justificatives qui décident, seules, de ce qui tiendra en cas de contrôle

Trois régimes se croisent sur le même film
Parler de « fiscalité de la production audiovisuelle » au singulier induit en erreur : trois régimes distincts s'appliquent en même temps, avec des rythmes et des assiettes différents. La TVA porte sur les flux et se déclare au fil de l'eau ; l'impôt sur les sociétés porte sur le résultat et se liquide à la clôture ; les retenues à la source portent sur certaines rémunérations versées et se déclenchent au paiement. Une production qui ne distingue pas les trois finit par croire qu'un devis « coûte » le montant qu'elle a payé, alors que ce montant contient de la TVA parfois récupérable, des retenues parfois à sa charge, et des charges qui ne joueront sur l'impôt qu'à la clôture suivante.
| Régime | Sur quoi il porte | Quand il se manifeste |
|---|---|---|
| TVA | Les flux : ventes, prestations, achats | À chaque déclaration, mensuelle ou annuelle selon le régime |
| Impôt sur les sociétés | Le résultat fiscal de l'exercice | À la clôture, puis par acomptes sur l'exercice suivant |
| Retenues à la source | Certaines rémunérations versées à des non-résidents | Au moment du paiement, par la production |
| Crédit d'impôt | Les dépenses éligibles engagées en France | Après coup, par imputation sur l'impôt dû puis restitution |
| Impôts locaux | L'établissement et son activité | Annuellement, indépendamment du résultat du film |
La TVA d'un tournage : beaucoup d'achats, moins de récupération qu'on ne croit
Le principe est simple — la TVA payée sur les achats professionnels se déduit de la TVA collectée — mais les exclusions tombent presque toutes sur des postes de tournage. L'hébergement des équipes, le transport de personnes, les véhicules de tourisme : ce sont exactement les lignes qu'une production remplit le plus, et celles dont la TVA reste à sa charge. Une production qui chiffre ces postes en hors taxes se retrouve avec un écart réel de 20 % dessus, découvert au moment de payer. Le réflexe utile est donc de décider du régime poste par poste au moment du devis, et non au moment de la saisie comptable.
| Poste | TVA récupérable | Ce qu'il faut retenir |
|---|---|---|
| Location de matériel (caméra, lumière, machinerie) | Prestation professionnelle classique, facture au nom de la société | |
| Prestations techniques et post-production | Déductible si le prestataire est établi en France et facture la TVA | |
| Location de décors et de lieux de tournage | Sous réserve que le bailleur soit assujetti et facture la TVA | |
| Restauration de l'équipe | Dépense professionnelle, facture nominative à conserver | |
| Hébergement des équipes et des dirigeants | Exclusion classique ; les repas facturés à part restent déductibles | |
| Transport de personnes (train, avion) | Exclu du droit à déduction, quel que soit le motif du déplacement | |
| Véhicules de tourisme (achat, location, entretien) | Exclusion de principe ; les utilitaires n'y sont pas soumis | |
| Carburants | Variable | Régime distinct selon le carburant et le type de véhicule, à vérifier |
| Cadeaux et invitations | Variable | Déduction admise sous un seuil de valeur par bénéficiaire et par an |
Les droits d'auteur et d'artistes : un taux réduit, et une retenue que vous opérez
Les cessions de droits patrimoniaux reconnus aux auteurs des œuvres de l'esprit et aux artistes-interprètes relèvent du taux réduit de 10 %, là où une prestation technique ordinaire est à 20 %. Ce n'est pas un détail de saisie : c'est une ligne du devis qui change de montant TTC selon la qualification juridique de ce qu'on achète. Deuxième spécificité, moins connue des jeunes structures : lorsque la production verse des droits à un auteur, c'est elle qui retient la TVA due par celui-ci et la reverse au Trésor pour son compte, sauf si l'auteur a renoncé à ce dispositif et déclare lui-même sa TVA. Un contrat de cession qui ne précise ni le taux, ni le régime de retenue applicable produit mécaniquement un désaccord sur le montant à payer — et c'est toujours en fin de production qu'il se règle.
Un prestataire hors de France déplace la TVA, il ne la supprime pas
Dès qu'un studio d'effets visuels, un laboratoire ou un prestataire technique établi hors de France facture une prestation à une société de production française, la règle change : le prestataire facture sans TVA, et c'est la production française qui autoliquide, c'est-à-dire qui déclare elle-même la TVA due et la déduit dans le même mouvement. L'opération est neutre en trésorerie quand le droit à déduction est entier ; elle ne l'est pas du tout quand on l'oublie, parce qu'une TVA autoliquidée jamais déclarée reste due. C'est l'un des oublis les plus fréquents des productions qui travaillent avec des prestataires européens ponctuels : la facture entre en comptabilité sans TVA, et l'obligation déclarative disparaît avec elle.
L'impôt sur les sociétés, et la place qu'y prend le crédit d'impôt
Le résultat fiscal d'une société de production obéit au droit commun : produits moins charges déductibles, avec un taux normal d'impôt sur les sociétés et un taux réduit de 15 % sur une première tranche de bénéfice pour les PME qui remplissent les conditions de chiffre d'affaires et de détention du capital — le plafond de cette tranche étant fixé par la loi de finances et révisable chaque année. La particularité du secteur tient au décalage entre l'exercice qui supporte les coûts, celui du tournage, et ceux qui encaissent les recettes d'exploitation, souvent étalées sur plusieurs années. Le crédit d'impôt vient ensuite, en aval de ce calcul : il ne diminue pas le résultat imposable, il s'impute sur l'impôt dû et se fait restituer pour la part qui excède. C'est pourquoi il n'a pas sa place dans un budget de dépenses, mais dans le plan de financement.
Le calendrier déclaratif ne s'adapte pas au calendrier de tournage
C'est une évidence qu'on redécouvre chaque année : une déclaration de TVA tombe pendant la préparation, pendant le tournage ou pendant le montage, sans égard pour la disponibilité de l'équipe administrative. Le régime réel normal impose un rythme mensuel, le régime simplifié un acompte puis une régularisation annuelle, et le choix entre les deux dépend de seuils de chiffre d'affaires qui se franchissent vite dès qu'un long métrage entre en production. Deux conséquences pratiques. D'abord, le mois de tournage est le pire moment pour découvrir qu'une facture manque. Ensuite, une production qui vise le remboursement d'un crédit de TVA — situation normale quand on achète beaucoup et qu'on ne facture pas encore — a tout intérêt au rythme mensuel, qui raccourcit d'autant l'avance de trésorerie faite à l'État.
Ce qui se perd au contrôle n'est presque jamais une règle, c'est une pièce
Les redressements qui touchent les productions portent rarement sur une interprétation audacieuse du droit fiscal. Ils portent sur des factures au nom d'une personne physique plutôt que de la société, des notes de restaurant sans mention du motif ni des participants, des prestations étrangères sans contrat, des défraiements versés sans justificatif de déplacement, des locations réglées en espèces. Chacune de ces lignes est parfaitement déductible sur le principe, et indéfendable en l'état. Le coût n'est d'ailleurs pas seulement fiscal : les mêmes pièces servent au dossier de crédit d'impôt et à la reddition de comptes aux financeurs. Les reconstituer après coup prend plusieurs jours et laisse toujours des trous ; les collecter au fil du tournage ne coûte que de la discipline.

Faire vivre ces règles dans le devis plutôt que dans un tableur annexe
La plupart des structures tiennent leur fiscalité à côté de leur budget : un devis en HT d'un côté, un suivi de TVA dans la comptabilité de l'autre, et un tableur de rapprochement entre les deux. Ça tient tant que le film ne bouge pas. Dans Soldum, le devis aux catégories CNC porte le régime de TVA de chaque ligne, les engagements et les factures s'y rattachent, et le suivi de coût affiche ce que la production paie réellement — TVA non récupérable comprise — à côté de ce qu'elle a budgété. Les rémunérations d'auteurs et d'artistes y portent leur propre taux, les prestataires étrangers leur autoliquidation, et le crédit d'impôt se calcule dans le plan de financement à partir des mêmes lignes. Transparence : Soldum édite l'une des solutions décrites sur cette page.
Ce qu'un logiciel ne décidera pas à votre place
Autant le dire clairement. Un outil peut proposer un régime par défaut sur un poste, rappeler qu'une facture d'hôtel ne se récupère pas, signaler qu'un prestataire étranger appelle une autoliquidation. Il ne qualifie pas à votre place une rémunération en cession de droits plutôt qu'en prestation technique — c'est une question de contrat, pas de logiciel. Il ne juge pas de l'éligibilité au taux réduit d'impôt sur les sociétés, qui dépend de la structure du capital. Il ne remplace ni votre expert-comptable, ni le conseil fiscal dont relèvent les montages de coproduction. Ce qu'il apporte est plus modeste et plus utile : la fin de l'écart entre le budget et la réalité comptable, parce que les deux chiffres sortent des mêmes lignes et bougent ensemble.
Quel est votre besoin en pré-production ?
Questions fréquentes
Quels impôts concernent une société de production audiovisuelle ?
+
L'impôt sur les sociétés sur son résultat, la TVA sur ses flux d'achats et de ventes, les impôts locaux liés à son établissement, et le cas échéant des retenues à la source sur certaines rémunérations versées à des non-résidents. Le crédit d'impôt cinéma et audiovisuel vient en aval, par imputation sur l'impôt dû.
Quel taux de TVA s'applique à une cession de droits d'auteur ?
+
Les cessions de droits patrimoniaux reconnus par la loi aux auteurs des œuvres de l'esprit et aux artistes-interprètes relèvent du taux réduit de 10 %. Les autres prestations d'une production — technique, location, post-production — restent au taux normal de 20 %.
La TVA sur l'hébergement de l'équipe est-elle récupérable ?
+
Non. Les dépenses d'hébergement des dirigeants et des salariés sont exclues du droit à déduction, y compris en déplacement professionnel. Les repas facturés séparément de la nuitée restent, eux, déductibles ; d'où l'importance de demander une note détaillée à l'hôtel.
Que faire quand un prestataire étranger facture sans TVA ?
+
C'est le régime normal de l'autoliquidation : la production française déclare elle-même la TVA due sur la prestation et la déduit dans le même mouvement, si son droit à déduction est entier. L'opération est neutre en trésorerie, mais l'oublier ne l'est pas — la TVA autoliquidée non déclarée reste due.
Faut-il budgéter un film en HT ou en TTC ?
+
Ni l'un ni l'autre de façon uniforme. Un devis en HT est juste sur les postes dont la TVA se récupère, et faux sur ceux dont elle reste à la charge de la production — hébergement, transport de personnes, véhicules de tourisme. Le bon réflexe est de porter le régime ligne par ligne et de laisser le total refléter le coût réellement supporté.
Le crédit d'impôt diminue-t-il le résultat imposable ?
+
Non, et c'est une confusion fréquente. Il ne s'agit pas d'une charge déductible mais d'une créance fiscale : elle s'impute sur l'impôt sur les sociétés dû, et la part qui excède cet impôt est restituée. Sa place est le plan de financement, pas le budget de dépenses.
À partir de quand faut-il déclarer la TVA tous les mois ?
+
Le rythme dépend du régime d'imposition, lui-même lié à des seuils de chiffre d'affaires que l'entrée en production d'un long métrage fait souvent franchir. Une production en phase d'achat a par ailleurs intérêt au rythme mensuel : un crédit de TVA remboursé chaque mois est une avance de trésorerie en moins.
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Page informative et non contractuelle. Les taux, seuils, exclusions du droit à déduction et obligations déclaratives relèvent du code général des impôts et de sa doctrine, et évoluent — notamment à chaque loi de finances. Les règles présentées ici le sont à titre général et ne tiennent pas compte de votre situation : coproductions, structures étrangères et conventions fiscales appellent un examen particulier. Vérifiez les règles en vigueur auprès de l'administration et de votre expert-comptable avant tout engagement. Soldum édite l'une des solutions décrites.
